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À quoi bon les rêves si vous n’en faites pas réalité ?


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L’action Ados Amor


1. Le film Ados Amor

En septembre 1994, le Service Jeunesse de la Mairie du Blanc-Mesnil contacte Zarina Khan après avoir découvert à "La Marche du Siècle" (France 3) son travail avec les adolescents en ateliers d’écriture et de pratique théâtrale. Aussitôt, le LEP Aristide Briand est demandeur et le Collège Cachin, s’inscrit aussi dans le projet. Les ateliers "démarrent".

Zarina Khan va recueillir sur le papier les préoccupations, les désarrois, les rêves de ces jeunes du Blanc-Mesnil. Après six mois, se dessine le projet de réaliser un long-métrage de fiction, afin que la parole des adolescents puisse toucher un grand public. Les groupes des deux établissements scolaires se rencontrent, leurs énergies se mobilisent et l’histoire d’Ados Amor devient cinéma, grâce à l’équipe réunie par le réalisateur François Stuck.


1.1. "Ados" comme adolescents,
           "Amor" entre la mort et l’amour

Les quartiers vont vivre au rythme de ce rêve qui devient réalité. Les jeunes se fédèrent en une famille de travail autour de laquelle les enseignants, les chefs d’établissements, la Mairie et tous ses services, les parents, tous les représentants du Département de Seine-Saint-Denis et les offices de HLM se mobilisent. Tout l’été 1996, les cités retentissent de "Silence, on tourne !". Le tournage d’Ados Amor est terminé et le film entre dans la phase de montage. Ados Amor sort dans les salles de cinéma en mars 1997. La sortie Nationale du film qui fait 2H05 a lieu le 25 Mars 1998. Des jeunes parlent à d’autres jeunes de la beauté de la vie, de l’importance de la préserver et, pour briser le "chacun pour soi", d’Amour. Un message d’Espérance porté par ceux qui veulent construire, avec confiance, le XXIème siècle.


1.2. Le diagnostique qui a justifié la mise en œuvre du projet

Le projet s’est mis en place à partir du constat d’isolement et de cloisonnement de groupes de jeunes qui se sont construit "leurs frontières". Le but du projet était de rassembler des adolescents et des moins de 15 ans de Seine-Saint-Denis afin qu’ils puissent exprimer leurs énergies créatrices, faire le point et s’exprimer sur les sujets qui les concernent, s’investir "ensemble" dans un projet à long terme. Ce premier objectif est aujourd’hui atteint.



2. Autour du film, l’action Ados Amor

Né à l’école, le film Ados Amor revient à l’école comme outil de réflexion dans le cadre d’un travail structuré entre les enseignants, les élèves et les intervenants Ados Amor.

Les groupes d’élèves qui travaillent depuis 1994 sur Ados Amor ont écrit des textes, dégagé des thèmes qui leur paraissaient incontournables et qu’on peut retrouver dans le long-métrage né de leur réflexion. L’action autour d’Ados Amor a pour but de permettre à d’autres groupes de travailler sur les sept thèmes dégagés par leurs camarades d’Ados Amor et de s’organiser en réseaux de réflexion et d’action.


2.1. Objectifs de l’action

Le fondement des sept thèmes d’Ados Amor est la valeur de la vie et l’importance de la préserver. L’objectif immédiat est que les jeunes s’expriment eux-mêmes sur le goût de vivre ou les tentations de "démissionner" et confrontent leurs propres sentiments à ceux des autres, qu’ils explorent les fonctionnements de la violence et en évaluent les conséquences. À long terme, l’objectif est que les jeunes s’inscrivent dans un processus dynamique de prévention des différentes conduites à risques, qu’ils pourront promouvoir eux-mêmes autour d’eux.


2.2. Pédagogie du projet

Le programme s’articule autour de :

  1. Ateliers d’écriture et de pratique théâtrale en milieu scolaire, en foyers, en centres de jeunesse municipaux, dirigés par des intervenants Ados Amor.
  2. Un classeur avec des fiches pédagogiques destiné aux enseignants et aux adultes responsables des groupes et à chaque jeune pour poursuivre le travail en cours entre les ateliers. Le contenu du classeur sera différent selon qu’il s’adresse à l’enseignant ou à l’élève.
  3. Formations des enseignants et des adultes prenant en charge le programme Ados Amor.

2.3. La construction du réseau Ados Amor

Le projet permet d’ouvrir le travail de chaque groupe en perspective par rapport aux autres, afin de l’inscrire en réseaux de prévention impulsés par les jeunes eux-mêmes. La Compagnie Zarina Khan organisera en tant que tête de réseau la circulation des travaux, les liens entre les groupes et les rencontres.



3. Le public concerné

Le programme concerne les élèves des Collèges et des Lycées de la 6ème à la Terminale. Il s’adresse aux moins de 15 ans, aux adolescents et aux jeunes majeurs des différents foyers et centres (Protection Judiciaire de la Jeunesse, etc.).


3.1. Durér et calendrier de déroulement

Pour chaque classe ou groupe, trois phases sur une année scolaire sont réparties en fonction des contraintes locales.

1ère phase : l’atelier de lancement.

Durant 2 heures, la classe travaille avec l’enseignant et l’intervenant. Ce dernier présente Ados Amor, les thèmes en question, le classeur. Le visionnage du documentaire de 28’ autour de ce film en cassette vidéo VHS permet aux élèves d’approcher les personnages et de déceler les indices de comportement. A l’issue du visionnage, un premier travail d’écriture individuelle permet à chaque élève de faire le choix d’un des sept thèmes Ados Amor. Ainsi, les élèves se répartissent par groupes de travail qui fonctionneront par la suite avec l’enseignant sur la base du classeur. Le travail consistera à élaborer des hypothèses de comportement et de réaction des personnages par rapport à des situations données.

2ème phase : La rencontre avec le film.

Les élèves se rendent au cinéma le plus proche de l’établissement avec l’enseignant pour voir le film Ados Amor. Après chaque projection, des intervenants Ados Amor et des jeunes d’Ados Amor seront présents afin de mener un débat, d’alimenter les échanges et de recueillir les questionnements sur le papier. Une synthèse de chaque rencontre sera élaborée.

3ème phase : L’atelier de "retour".

Après avoir vu le film, les élèves pourront confronter leurs hypothèses de scénario à celles choisies par le groupe initial avec le scénariste d’Ados Amor. Cette confrontation permettra d’approfondir l’exploration des fonctionnements et de mettre en lumière les conséquences positives et négatives des actes des personnages.

À la fin de la 3ème phase, un nouvel atelier de 2 heures avec un intervenant Ados Amor permettra de réunir les documents écrits par la classe comme leur "création". Il aura aussi pour objectif d’aider le groupe à s’organiser pour pouvoir agir au sein de son établissement ou de son quartier et transmettre à d’autres le fruit de son travail. Les formes en seront diverses selon les groupes: recueil de textes à taper et à relier, exposition de textes sur panneaux et éventuellement de photos associées aux thèmes explorés, rencontres-débats, spectacles issus des textes dialogués, création de chansons...


3.2. Une action à long terme

Le programme de prévention se déroule depuis 1997 et les outils élaborés comme le film de fiction, le documentaire vidéo, qui retrace "l’aventure Ados Amor" et la modification des jeunes à travers le projet, le livre qui sera l’histoire de ce projet, des premiers textes d’ateliers aux "retours" des élèves, le classeur serviront à la suite de l’action, dans des dynamiques de prévention ultérieures.


3.3. Lieu de déroulement de l’action

La base de lancement de l’opération est le département de Seine-Saint-Denis mais l’action se déroule au plan national et international puisque la Compagnie Zarina Khan travaille en réseau avec des établissements scolaires et des centres culturels à l’étranger.


3.4. Articulation du projet avec les dispositifs locaux

Chaque dispositif local existant s’inscrit dans le programme Ados Amor selon ses propres exigences. L’Association Zarina Khan fonctionne en tête de réseau et organise les ateliers, les formations et la mise à disposition du matériel selon la demande et les contraintes de chaque dispositif.


3.5. Procéure d’évaluation retenue

L’évaluation se fera à travers l’équipe de la Compagnie Zarina Khan, des équipes des établissements scolaires et des communes concernées, des jeunes eux-mêmes dans les écrits qui seront recueillis. Un bilan d’évaluation se fera après une réunion avec les responsables des projets des différents groupes.


3.6. Un partenariat transversal

La Compagnie Zarina Khan a cherché à mettre en place un dispositif de partenariat transversal afin que l’action Ados Amor puisse être relayée par tous les secteurs concernés par la jeunesse et son avenir. Le but est atteint : Organismes et Ministères se sont réunis autour d’Ados Amor. Cette diversité de partenaires est donc la garantie d’une plus grande efficacité de l’action sur le terrain et l’inscrit dores et déjà dans le programme plus large, que la Compagnie développe depuis 15 ans, d’Education à la Citoyenneté et à la Paix.



4. Les 7 thèmes d’Ados Amor


4.1. Le processus de la violence

Les personnages de Brahim et Mammifère éclairent le fonctionnement intérieur qui pousse les individus à entrer dans la violence.

À partir de l’exploration de leur processus, apparaissent les points qui permettent de désamorcer, à plusieurs phases, le fonctionnement et de l’éviter.


4.2. La responsabilité civique

Le personnage d’Assétou fait apparaître "la démission", "la dépression" d’une adolescente. Enfermée en elle-même, elle est incapable de demander de l’aide. Son suicide va bouleverser le groupe de jeunes dont elle faisait partie, qui va prendre conscience de la responsabilité qu’a chacun de la vie de l’autre et de la nécessité d’aller vers celui qui montre des signes de mal-être, sans attendre.


4.3. L’infraction à la loi - le cercle vicieux de la délinquance

Mammifère est exclu du Lycée pour une première "bêtise". Ses récidives vont l’exclure définitivement du système. Une fois exclu, il doit se trouver une "place" dans la cité et chercher à provoquer le respect des autres par la force. Commence alors l’escalade de la délinquance, la prise en possession d’un "territoire" à défendre. Il devient dealer pour avoir le pouvoir de l’argent mais aussi le sentiment illusoire d’exister, d’avoir un rôle dans la vie des quartiers en créant un besoin chez les autres, d’être recherché par eux. Victime d’une tentative de meurtre, c’est sur son lit d’hôpital et avec son meurtrier qu’il prend conscience de l’engrenage dans lequel il est volontairement entré parce qu’il n’avait plus le goût de vivre.


4.4. Le respect - les droits et les devoirs

« Puisqu’on ne me respecte pas, je ne respecterai personne ». Bien souvent les premières altercations avec les autres sont dues au fait de se sentir injustement maltraité. Ce sentiment est à ouvrir et à éclairer afin de remplacer l’escalade de l’injustice mutuelle par la prise de conscience des droits et des devoirs de chacun.

Abordée en milieu scolaire, l’altercation entre un professeur et un élève permet de faire apparaître les liens entre le fait de se "sentir" maltraité et l’agression, et de séparer ce qui est dans l’ordre d’une vie du à un parcours personnel inévitable (comme l’émigration de certaines familles, etc.) et le comportement qui en découle et qui n’est pas une fatalité.


4.5. La recherche d’identité et le "racisme"

Ce thème regroupe tous les autres. Tant que l’on ne sait pas d’où l’on vient, que le parcours de la famille, l’histoire du pays d’origine restent flous, comment se situer dans sa ville, dans son quartier, dans son école ? Le lien avec son passé, avec ses origines va permettre d’ouvrir la perspective sur son futur, de construire "un projet de vie" et d’échapper à la force destructrice d’un présent à consommer le plus vite possible selon les désirs immédiats.


4.6. La valeur de la vie

La toxicomanie, le Sida qu’on affronte sans prendre aucune précaution, les bagarres et le port illégal d’armes participent au même processus profond d’abandon du goût de vivre.

En explorant les raisons que se donnent les personnages pour "flirter avec la mort", nous faisons apparaître en chacun les fondations du goût de vivre, de la valeur de la vie et à quel point chacun a un rôle positif à jouer dans la vie de l’autre.

Se dégager de l’immédiateté des malheurs, des "galères", prendre du recul pour envisager sa vie à long terme et en chercher le sens est un des axes de travail de Ados Amor.


4.7. L’ouverture sur le monde - la réussite scolaire
                                      et la réussite professionnelle

L’arrivée de Damir, lycéen de Sarajevo qui vient de la guerre et qui a frôlé à plusieurs reprises la mort, va permettre au groupe de prendre en compte le monde dans son ensemble, d’aborder les autres espaces et les autres temps. Le groupe découvre cette guerre-là et a par là le désir de connaître "l’Histoire" du monde et de se situer à travers elle. En découvrant l’espace de destruction de Sarajevo, les adolescents découvrent du même coup la valeur de la Paix dans leur propre espace et apprennent à la préserver.

La mise en perspective des autres époques de l’histoire et des autres pays permet à chacun de comprendre mieux sa propre réalité, d’en apprécier les avantages et devient un moteur à l’apprentissage scolaire comme à la réussite professionnelle.



5. Lettre de l’inspecteur d’académie
                   de la Seine Saint-Denis

Inspection accadé;mique de Seine Saint Denis<br>D.P.E. 4 AR.FN.CLG N°97-07.301<br>Acadé;mie de Cré;teil<br>BOBIGNY, le 7 juillet 1997.

Y. BOTTIN, Inspecteur d’Académie de la Seine-Saint-Denis a accueilli très favorablement et soutenu l’action, comme le film Ados Amor, et s’en explique lui-même ainsi :

"Ados Amor est né de la parole et de l’écriture d’un groupe de jeunes de la Seine-Saint-Denis ; le film témoigne des douleurs de vivre liées aux situations sociales et économiques difficiles, mais il est en même temps révélateur de talents et catalyseur d’actions généreuses et citoyennes.

C’est pourquoi, la démarche de Z.KHAN ne peut qu’apporter une aide efficace à l’action des établissements scolaires, en termes de maîtrise de la langue, d’éducation à la citoyenneté ou d’aide à l’émergence du projet personnel de l’élève, qui constituent les 3 priorités définies par la politique pédagogique et éducative départementale.

Cette action nous intéresse d’autant plus qu’elle vise à rendre les jeunes avec les adultes, acteurs d’une démarche collective de prévention de la violence. Cette démarche est constructrice d’avenir et porteuse de vie".

Le film Ados Amor a retenu toute l’attention de la cellule pédagogique de l’Inspection Académique de la Seine-Saint-Denis.


5.1. Un film à l’écoute

D’abord parce que les jeunes y sont justes et authentiques, tels que nous les avons connus dans les quartiers où nous avons enseigné ; et que le film fait la démonstration que c’est en parlant vrai et juste, en étant exigeant et respectueux, fermes et à l’écoute que les adultes peuvent créer de vraies conditions d’apprentissage et d’éducation.


5.2. Un outil de médiation

Ensuite, parce que Ados Amor, dans sa construction même, nous permet d’aborder les sujets essentiels de préoccupation des jeunes, dans leur complexité ; d’en parler et de les distancier par la fiction : la violence, la drogue, la dépression. Ados Amor peut ainsi constituer un outil de médiation, être déclencheur d’analyse et de réflexion, et d’autant plus qu’il ne moralise pas et que les situations décrites restent ouvertes à la recherche de réponses et de solutions.


5.3. Une démarche qui rend les jeunes acteurs

Enfin parce que Ados Amor propose une démarche et engendre un dispositif de prévention de la violence.

Une démarche qui prend sa source dans la parole même des jeunes, et qui les conduit.

Une démarche qui fait appel à des compétences transversales porteuses de réussite : parler - écrire - communiquer - mémoriser - se responsabiliser.

Enfin Ados Amor engendre un dispositif et créé un processus local de prévention de la délinquance, dans lequel les jeunes sont eux-mêmes acteurs, avec les adultes de la communauté éducative comme avec les partenaires de la police, de la justice.

Ce dispositif est fédérateur et favorise la cohérence des actions et la cohésion des acteurs, garantes de l’efficacité collective.





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